CAGNA + WENGER ARCHITECTES SA
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Aménagement muséographique - Château de Valère - Sion

Maître de l'ouvragePrivé
StatutRéalisé
Année
Projet1993
Chantier1998
LieuSion, Valais
CollaborateursPierre Cagna, Architecte EPFL/SIA
PhotographeCagna + Wenger Architectes SA
Aménagement muséographique

Le rôle de l’architecte muséographe de Valère a consisté principalement en l’insertion de la nouvelle installation du « Musée d’histoire du Valais » dans un monument classé d’importance nationale.

LE PARADOXE

Il s’agissait de respecter les standards de conservation d’aujourd’hui à la fois pour les objets exposés et pour le monument. Cet objectif a très vite révélé un paradoxe : à Valère, toute intervention adéquate pour les bâtiments n’assure pas nécessairement la bonne conservation des objets. De même, pour les bâtiments, tout ce qu’il faudrait réaliser en terme de climat pour le musée rendrait caduc l’effort lié à la conservation patrimoniale. C’est la raison pour laquelle l’aménagement muséographique n’a pas été confiné, ici, uniquement dans l’installation de vitrines ponctuant un parcours.

LES "STANDARdS REINVENTES"

Il fallait agir en amont, en étroite collaboration avec l’architecte responsable de la restauration des bâtiments, Christophe Amsler associé à Patrice Gagliardi, en s’appuyant également sur les solides compétences en physique du bâtiment du professeur Michel Bonvin de l’HES-SO à Sion accompagné des bureaux d’études mandatés, le tout sous la houlette de l’ancien architecte cantonal Bernard Attinger et de son successeur Olivier Galetti. Après avoir défini l’organisation générale du musée en 1991, nous avons établi un protocole d’interventions basé sur des essais climatologiques « in situ » permettant l’élaboration de « standards réinventés » propres au contexte spécifique de Valère.

En été, une ventilation naturelle avec extraction et réserve d’air froid au sein même des bâtiments permet à la fois d’évacuer l’humidité et de refroidir l’atmosphère interne durant la nuit. En hiver, la température intérieure est régulée en fonction de la température extérieure dont l’écart entre les deux ne devra pas dépasser 12 oC . Enfin, une attention particulière a été portée sur le maintien intégral de l’inertie thermique des murs en maçonnerie permettant de lisser la température interne et d’éviter ainsi de brusques écarts de celle-ci dommageables pour les objets exposés.

L'ORGANISATION MUSEOGRAPHIQUE

Le musée étant constitué de quatre bâtiments différents, il s’agissait, dans un premier temps, de questionner l’ancien parcours qui proposait aux visiteurs une descente muséographique à sens unique succédant logiquement à la visite sommitale de la basilique. L’insertion d’un nouveau programme avec notamment une cafétéria, les contraintes liées à la sécurité et aux étapes de restauration sur une vingtaine d’années ainsi que la volonté de la direction des Musées cantonaux d’installer à Valère un musée site ont eu pour conséquence une refonte totale de la configuration muséale et des parcours.

Le bâtiment central abrite désormais l’entrée du musée qui distribue deux ailes latérales rappelant la typologie classique des musées du XIXème siècle, tout en intégrant la forte déclivité de la colline et la particularité d’un musée fragmenté, séparé par des espaces extérieurs. Cette réorganisation permet de rattacher la cafétéria à l’ensemble du site avec son entrée indépendante et d’intégrer dans un futur proche d’autres bâtiments bientôt restaurés et destinés également à des fonctions muséologiques. A remarquer également que la nouvelle organisation a favorisé le maintien de l’activité muséale de 1989 à 2007, ce malgré les importants et continus travaux de restauration. A noter qu’une partie du musée a été adaptée afin de permettre un accès facilité aux personnes à mobilité réduite au moyen d’une chaise adéquate et disponible sur demande sur le site de Valère.

LA MATERIALISATION MUSEOGRAPHIQUE

La complexité liée à un aménagement muséographique en regard des contraintes qui lui sont dévolues : sécurité, contrôle d’accès, gestion des paramètres de température, d’humidité, d’éclairage, d’économie d’énergie, etc… est proche de celle d’un hôpital.
La nécessaire insertion de ces différentes contraintes dans un bâtiment historique ne fait que rajouter à la difficulté. Nous avons naturellement opté en accord avec les Services Cantonaux et Fédéraux des Monuments Historiques pour une attitude respectueuse des bâtiments.

Pratiquement sans toucher à la substance historique et en profitant des moindres interstices proposés par les travaux de restauration, nous avons pu, par exemple, installer plus de vingt kilomètres de câbles électriques réunis pour chaque salle en deux points : une borne conçue spécifiquement pour Valère et réunissant les fonctions liées au chauffage, à la surveillance, à la régulation du climat, à la détection de présence et au plafond, une plaque qui reçoit la détection incendie et l’éclairage de secours. La borne et la plaque sont en métal, car rattachés de manière indissociable à la fois au bâtiment et au musée.

Pour les vitrines, nous avons également opté pour une conception spécifiquement adaptée à Valère. Nous avons choisi le bois d’érable pour sa légèreté (tout transport ici s’effectue par hélicoptère), pour sa composition chimiquement neutre assurant la conservation des objets et pour la facilité d’adaptation au projet muséologique. Leur modularité permet également une déclinaison sur différentes thématiques muséographiques et muséologiques tout en intégrant l’adaptation à l’absence de planéité des sols, la sécurisation des objets et leur éclairage adapté. Un essai en laboratoire de longue durée a permis également de développer sur le même principe des vitrines étanches destinées à accueillir des objets à base de métal plus sensibles à l’humidité ambiante de certaines salles. Fabriquées par des artisans valaisans, les vitrines sont d’un coût nettement inférieur à celui pratiqué sur le marché.

La conception des vitrines étant testée et maîtrisée, il ne fallait plus que les adapter aux espaces très contrastés des différentes salles en tenant compte du parcours, de la lumière et de la thématique muséologique, telles de petites maisons fragiles et temporaires définissant des rue et des places et destinées à recevoir le mobilier : les objets.  Ceux-ci ont été installés et mis en scène sous la responsabilité de Madame Marie-Claude Morand et son équipe des musées, avec l’assistance de Marie-Antoinette Gorret qui a réalisé l’ensemble de la ligne graphique du  nouveau musée.

L'EXPERIMENTATION

La durée exceptionnellement longue du chantier de restauration a rendu nécessaire l’accès au public d’un musée expérimental et partiel durant une période de sept ans. Cette phase a eu pour avantage de vérifier « in vivo » les différentes hypothèses muséographiques et climatologiques qui, avec quelques petits réglages, ont toutes été confirmées. Enfin, la refonte totale du musée initiée en septembre 2007 et proposée un an plus tard au public a été l’occasion de confirmer la souplesse de l’infrastructure, ainsi que la réelle modularité des aménagements muséographiques. Ceci a permis une requalification complète des espaces en fonction d’un propos muséologique totalement nouveau sans avoir à transformer  l’installation de base. Ce constat est le garant d’une probable évolution de la muséologie à moyen voire à long terme.